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Actionnariat salarié : pourquoi le dispositif gagne désormais les PME et ETI

L'actionnariat salarié représente plus d'un tiers des encours d'épargne salariale et retraite en France. Longtemps cantonné aux grands groupes cotés du CAC 40, il s'étend désormais aux entreprises de taille intermédiaire et aux PME, avec 280 fonds non cotés dédiés en 2024 contre 258 en 2023. Décote, abondement, garantie en capital : les mécanismes se diversifient.
 

Au moment d'investir leur intéressement annuel, les salariés des grands groupes français disposent souvent d'un avantage particulier : la possibilité d'acquérir des actions de leur propre entreprise à un prix décoté de 30 à 40 % par rapport au cours de marché. Cette mécanique, doublée d'un abondement complémentaire de l'employeur, explique pourquoi l'actionnariat salarié pèse aujourd'hui plus d'un tiers des encours d'épargne salariale et retraite en France, selon les données de l'AFG.
 

Le dispositif est devenu un standard du CAC 40. « En 2024, deux tiers des entreprises du CAC 40 ayant lancé une offre réservée aux salariés ont proposé à la fois un abondement et une décote pour accroître l'attractivité et abaisser le prix de revient de l'action », observe Magali Pelouard, directrice actionnariat salarié chez Diot-Siaci. Le principe est simple : dans le cadre d'une Offre Réservée aux Salariés (ORS), les bénéficiaires peuvent investir leurs primes d'intéressement ou de participation, mobiliser leurs avoirs disponibles d'épargne salariale ou réaliser des versements volontaires pour souscrire à un fonds d'actionnariat salarié dédié, généralement constitué à 100 % d'actions de l'entreprise.
 

Décote à 40 %, abondement complémentaire : la mécanique des grands groupes cotés
Les avantages affichés sont multiples. Côté entreprise : alignement des intérêts entre direction, actionnaires et collaborateurs, renforcement du sentiment d'appartenance, réduction potentielle du turn-over, stabilisation du capital face aux risques d'OPA. Côté salarié : un effet de levier financier puissant grâce à la décote et à l'abondement. Encore faut-il que les actions choisies tiennent dans la durée, ce qui n'est jamais garanti.
 

Le segment des PME et ETI françaises restait jusqu'à récemment à la marge de ces dispositifs. La plupart de ces sociétés n'étant pas cotées, l'ouverture du capital aux salariés implique de lever plusieurs obstacles : valorisation périodique des titres non cotés, complexité juridique de l'opération, accompagnement en ingénierie financière, et surtout une dimension psychologique forte pour les actionnaires familiaux. « Dans les PME, la difficulté tient aussi au fait que les familles fondatrices veulent souvent conserver un poids prépondérant dans la détention du capital, avec une dimension affective », explique Magali Pelouard. « Ouvrir le capital aux salariés constitue une vraie décision stratégique. »
 

Pour autant, le mouvement s'accélère. L'AFG comptabilise 258 fonds non cotés dédiés à l'actionnariat salarié en 2023, et 280 en 2024, avec une hausse des actifs sous gestion de 11 % en un an. Sur cinq ans, la progression des encours dans les FCPE de titres non cotés atteint 35 %, et le nombre de fonds a crû de 31 %. La présence croissante de fonds d'investissement au capital des PME-ETI joue d'ailleurs un rôle d'accélérateur : ces investisseurs poussent souvent l'actionnariat salarié pour aligner les intérêts à l'intérieur de l'entreprise et fidéliser les équipes clés.
 

PME et ETI : la décision stratégique de l'ouverture du capital aux salariés
Au-delà de l'action en direct, une alternative existe pour les sociétés qui souhaitent associer leurs salariés sans diluer le capital : la création d'un fonds d'obligations non cotées dédié. L'entreprise émet alors une obligation réservée à un seul souscripteur, le FCPE en titres de l'entreprise. La valorisation reste insensible aux mouvements des marchés de taux, sauf taux variable, et le coupon couru est linéarisé. La solution reste rare en pratique, les entreprises préférant en très large majorité offrir des titres en capital plutôt qu'en dette.
 

L'enjeu de la concentration des risques est récurrent. Un salarié qui investit chaque année 100 % de son épargne dans le fonds d'actionnariat de son entreprise devient doublement dépendant de sa santé financière : par son emploi d'une part, par son épargne d'autre part. En cas de défaillance, la double peine est immédiate. Mickaël Berrebi, directeur conseil en investissement chez Diot-Siaci, nuance toutefois : « Les salariés qui optent pour l'actionnariat salarié ont souvent d'autres placements personnels pour diversifier leur allocation. Et le système de décote et d'abondement associé à l'actionnariat salarié atténue le risque. »
 

Des dispositifs spécifiques existent pour limiter cette exposition. Environ 15 % des entreprises du CAC 40 proposent des offres d'actionnariat salarié structurées par une banque avec une garantie en capital, ce qui sécurise l'investissement de base du salarié tout en lui laissant le bénéfice de la hausse potentielle du titre. « C'est une solution que je trouve vraiment intéressante, surtout pour des entreprises appartenant à des secteurs qui peuvent connaître une certaine volatilité en bourse », souligne Magali Pelouard. Pour les entreprises de toute taille, la mise en place d'un actionnariat salarié n'a d'effet réel que si elle s'accompagne d'une véritable communication interne. Un dispositif technique sans pédagogie reste largement sous-utilisé par ses bénéficiaires.
 


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